Pour en finir avec ce tabou: faire une fausse-couche

Écrit par notre collaboratice Marie-Eve Pichette-Myre

Salut toi,

J’ai décidé de t’écrire la lettre que j’aurais aimé lire au moment où j’ai vécu l’épreuve physique et psychologique la plus difficile de ma vie de femme de 28 ans.

Apprendre que tu es enceinte, quand le bébé est désiré, est un doux moment rempli de pur bonheur. Le plus gros rêve de ta vie devient réel. Tu te dis qu’une petite poussière d’ange a choisi ton ventre, ton corps et ton couple pour grandir et devenir tranquillement un p’tit humain si désiré et déjà aimé.

Malgré la fatigue, les maux de coeur et les maux de ventre, tu vas certainement tenir le coup. Tu vas flatter ton ventre, tu vas même te surprendre à lui parler… (je te dirais que moi, je rêvais à lui..) Ça ne fait que 8 semaines qu’il est là et il devient si réel. En plus, avec la technologie d’aujourd’hui, on peut même savoir, à la semaine près, la grosseur de notre bébé. Et tu te dis: « Oh wow!! Chéri, notre bébé est rendu la grosseur d’un raisin ».

Je sais ma chère, tu vis un rêve. Et même si tu te dis qu’il ne faut pas te faire trop d’idées avant 3 mois, c’est impossible. C’est comme te demander de faire une réservation pour TON voyage de rêve à budget illimité mais ne pas y croire avant trois mois. C’est excessivement difficile, voire impossible.

Tu vas donc clairement baisser les gardes et te faire prendre à ton propre jeu, soit celui d’être juste trop heureuse. Tu vas vouloir le dire à ta famille. Tu vas vouloir partager ton petit bonheur. Et puis, de toute façon, tes collègues de travail vont s’en rendre compte… Avoir un petit ange dans son ventre est très difficile à cacher. Ton énergie va te trahir, peut-être même certains goûts particuliers par rapport à la nourriture, sans compter le refus d’alcool, de fromages et de fruits de mer.

D’un autre côté, tu vas être déchirée à certains moments. Parfois, tu vas te sentir encore plus vivante et importante dans ce monde ou bien coupable de ne pas avoir gardé ce secret qui est, et tu vas probablement être d’accord, inhumain à garder pour soi.

Si tu as partagé ce moment si important, je te comprends et j’espère que tu ne t’en veux pas. Après tout, tu es sur un nuage avec ton petit ange qui t’a choisi pour grandir.

Et là, malheureusement, arrive le moment où tout s’écroule en quelques secondes à cause de quelques mots… Que tu sois à 6, 12 ou 15 semaines, tu perds ton bébé du jour au lendemain. « Fausse couche », « œuf clair », «grossesse ectopique », ce sont les mots qui raisonnent dans ta tête. Peu importe la raison et le nombre de semaines, ton rêve se détruit. Ton corps a mal. Tes pensées sont bouleversées.

Puis, comme une petite brebis seule devant des loups, on te dit froidement à l’hôpital: « viens, on va te provoquer et te vider l’utérus. De toute façon, le pôle fœtal n’est pas viable. » Et toi, ce ne sont certainement pas des mots que tu veux entendre. Tu es blessée. Tu es fragile. Tu vis un deuil. Tu cries dans ta tête: « Ce n’est pas un pôle, c’est un bébé… MON petit bébé. »

En plus, pour ajouter la cerise sur le sundae, ton couple va en prendre un petit coup. Ton copain ne comprendra pas ton mal-être. Et ça, tu dois l’accepter. Il va avoir de la peine, mais pas la même peine que toi. Il va la vivre comme un gars. Et je t’avoue que c’est une des parties les plus difficiles de la fausse-couche. Tu vas vivre cette épreuve d’une façon et lui, d’une autre, sans être capable d’arriver à un terrain d’entente. Vous allez devoir accepter la réaction de l’autre. Mais le plus important, il va falloir travailler en équipe. Être là, un pour l’autre, car il se peut que ton conjoint vive le deuil après toi. Si tu es comme moi, tu vas le vivre au moment du « diagnostic » et lui, au moment où le travail clinique se déclenchera (la perte concrète du bébé). Soyez unis et parlez vous sans essayer de vous comprendre… C’est le conseil que je te donne et c’est celui que j’aurais aimé avoir au moment où j’ai vécu ce moment douloureux.

Finalement, je tiens à te dire que vous allez aussi passer à travers un moment de culpabilité. « Je le savais… Je n’aurais pas dû le dire. Pourquoi je n’ai pas gardé le secret jusqu’à 3 mois?»

Mais moi au contraire, je te félicite.

Pourquoi? Parce que tu vas avoir, autour de toi, des gens avec qui parler et à qui te confier. Imagine si tu avais gardé ça pour toi… Aurais-tu voulu vivre ça sous le silence? Clairement pas… Quand on vit un deuil, on a besoin de soutien, de petits mots doux, de pensées réconfortantes ou d’une épaule quand on ne trouve pas les mots justes.

Mais, le plus important, tu vas avoir la chance d’informer des femmes et de guider des couples qui vont peut-être aussi passer par là un jour ou l’autre.

Savais-tu qu’une grossesse sur 4 se termine en fausse couche? Tu dois te dire que c’est énorme… Moi, j’avais de la difficulté à y croire.

Sais-tu pourquoi?

Parce que c’est tabou. On n’en parle pas. Le fait de garder le début d’une grossesse secrète nous oblige à vivre une fausse couche sous le silence. Si c’est tant courant, ça ne devrait pas être si tabou, si malaisant. D’en parler ouvertement et ne pas avoir honte, ça peut aider des femmes à passer à travers, ça peut aider des hommes à comprendre cette épreuve et ça peut aider des couples à passer par-dessus afin d’en ressortir encore plus fort comme mon copain et moi.

Alors, toi qui a vécu ton début de grossesse à 100% et qui a joui de ton bonheur, je suis fière de toi. Continue de parler de ton expérience. Partage ta douleur et ton histoire. Tu seras capable, toi aussi, de faire une différence dans la vie de quelqu’un et ensemble, on pourra peut-être libérer la fausse-couche d’un tabou social.

Ma chère, je nous souhaite, qu’en partageant davantage notre expérience vis-à-vis notre grossesse et notre fausse-couche, que le malaise des gens pourrait finalement s’estomper et que notre entourage serait plus présent pour nous soutenir. Notre mal-être ne serait plus ignoré.

Perdre un bébé c’est douloureux, mais de vivre ce deuil sous le silence ou le malaise, c’est encore pire.

Marie-Eve est maman d’un petit garçon nommé Mikola. Enseignante au primaire et de danse, elle a toujours eu un coup de coeur pour les plus jeunes. Depuis sa grossesse, elle adore s’informer et écrire sur les différents sujets touchant la périnatalité. Elle y a découvert tout un monde et elle a eu envie d’y contribuer à sa manière. Elle a partie l’entreprise MOMZ où l’on peut y trouver des produits pour bébé ET pour maman, car en tant que maman, on s’oublie trop souvent!

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